On parle souvent de l’obésité comme d’un chiffre sur la balance. Mais dans nos officines, à Laval, nous la voyons plutôt comme une porte d’entrée.
Derrière cette porte se trouvent plusieurs des maladies chroniques les plus fréquentes au Québec-le diabète de type 2, l’hypertension, les troubles du cholestérol, les maladies du cœur. La bonne nouvelle, c’est que cette porte fonctionne dans les deux sens : la comprendre, c’est aussi apprendre à la refermer.
Commençons par déboulonner un mythe tenace. L’obésité n’est pas un simple excès de calories ni une question de discipline. C’est une maladie chronique reconnue, façonnée par la génétique, le sommeil, le stress, l’environnement, certains médicaments et la biologie. Obésité Canada la définit d’ailleurs comme telle depuis des années.
Pourquoi cette nuance compte-t-elle autant ? Parce que tant qu’on la traite comme une faiblesse personnelle, on culpabilise au lieu d’agir. Or le corps, lui, ne réagit pas à la culpabilité. Il réagit à ce qu’on fait ensuite.
MYTHE VS FAIT -“C’est juste une question de volonté”
Faux. L’obésité implique des mécanismes hormonaux et métaboliques complexes. Un accompagnement adapté fonctionne mieux que la volonté seule-et votre pharmacien fait partie de cet accompagnement.
Tout le poids ne se vaut pas. La graisse logée en profondeur autour de l’abdomen-la graisse dite viscérale-n’est pas un coussin inerte. C’est un tissu métaboliquement actif qui libère en continu des acides gras et des signaux inflammatoires dans le sang. C’est précisément ce type de graisse qui relie l’obésité au reste.
Deux personnes du même poids peuvent porter un risque très différent-tout dépend d’où loge la graisse.
C’est pourquoi le tour de taille en dit parfois plus long que la balance, et pourquoi on le mesure en pharmacie aux côtés de l’indice de masse corporelle (IMC).
Voici le cœur du sujet. À partir de cette graisse active, plusieurs chemins mènent vers des maladies distinctes-et ces chemins se renforcent entre eux.
- Le diabète de type 2 : l’excès de graisse rend le corps résistant à l’insuline, faisant grimper la glycémie.
- L’hypertension : plus de masse à irriguer, c’est un cœur qui pompe contre une résistance accrue.
- Les troubles du cholestérol : les triglycérides montent, le bon cholestérol (HDL) baisse.
- Les maladies du cœur : tension, cholestérol et inflammation convergent vers l’artère.
- Et au-delà : apnée du sommeil, stéatose du foie, maladie rénale, arthrose et certains cancers.
Ce regroupement porte un nom lorsque plusieurs de ces facteurs se présentent ensemble : le syndrome métabolique. Il ne s’additionne pas-il se multiplie. C’est pourquoi on ne lit jamais un seul de ces chiffres isolément.
LE SAVIEZ-VOUS Le poids et le sommeil sont liés.
L’apnée du sommeil, fréquente en cas d’obésité, fragmente le repos et perturbe les hormones de l’appétit-ce qui peut, à son tour, favoriser la prise de poids. Un cercle qu’on peut briser.
Voici ce que nous répétons chaque semaine au comptoir : il n’est pas nécessaire d’atteindre un poids « idéal » pour protéger sa santé. Une perte modeste et soutenue, de 5 à 10 % du poids corporel, améliore déjà mesurablement la tension, la glycémie et le cholestérol.
Trois gestes concrets, dès cette semaine
- Bougez un peu plus, souvent : une marche quotidienne compte autant qu’une séance intense occasionnelle.
- Visez l’assiette, pas la privation : plus de légumes, de fibres et de protéines-des changements durables, pas un régime éclair.
- Mesurez ce qui compte : tour de taille, tension et bilan lipidique donnent une image plus juste que la seule balance.
QUAND CONSULTER Parlez-en sans tarder si…
Vous remarquez une soif inhabituelle, une fatigue persistante, un essoufflement à l’effort, des maux de tête fréquents, ou si votre tour de taille dépasse 94 cm (hommes) ou 80 cm (femmes). Votre pharmacien peut vérifier votre tension et votre glycémie sur place, puis vous orienter vers votre médecin au besoin.
L’obésité est-elle vraiment une maladie ?
Oui. Elle est reconnue comme une maladie chronique, influencée par la génétique, l’environnement, le sommeil et la biologie-pas seulement par les choix personnels.
Dois-je atteindre un poids « normal » pour être en meilleure santé ?
Non. Une réduction de 5 à 10 % améliore déjà la tension, la glycémie et le cholestérol. Le progrès compte plus que la perfection.
Le tour de taille est-il plus important que l’IMC ?
Les deux se complètent. L’IMC donne une vue d’ensemble, mais le tour de taille capte la graisse abdominale, la plus liée au risque cardiaque.
Comment mon pharmacien peut-il m’aider ?
Il peut mesurer votre tension et votre glycémie, réviser vos médicaments, vous conseiller sur le mode de vie et assurer un suivi régulier, en lien avec votre médecin.
À RETENIR L’essentiel en trois points
1) L’obésité est une maladie chronique, point de départ de plusieurs autres. 2) La graisse abdominale, active et inflammatoire, en est le moteur. 3) Une perte de 5 à 10 % suffit pour amorcer un vrai changement-et vous n’avez pas à le faire seul.
Refermez la porte avant qu’elle ne s’ouvre.
Au sein de notre centre de gestion des maladies chroniques, à Laval, notre équipe peut vérifier votre tension et votre glycémie, mesurer votre tour de taille, réviser vos médicaments et bâtir avec vous un plan réaliste.
Prenez rendez-vous avec notre équipe · 5020, boulevard des Laurentides, Laval · 450-736-1500
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Sources
1. Statistique Canada – Enquête canadienne sur les mesures de la santé (2022-2024) : 68 % des adultes en surplus de poids ou obésité ; obésité 33 % ; obésité abdominale 49 %.
2. Obésité Canada – Ligne directrice de pratique clinique : l’obésité est une maladie chronique ; une perte de 5 à 10 % améliore les complications métaboliques.
3. Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) : surveillance du poids et des maladies chroniques.
4. Organisation mondiale de la Santé (OMS) : l’obésité, facteur de risque majeur du diabète, des maladies cardiovasculaires et de certains cancers.
5. Santé Canada / Statistique Canada : seuils de tour de taille associés à un risque accru (94 cm hommes, 80 cm femmes).